Le Pilates est bien plus qu’une tendance fitness passagère. C’est une méthode centenaire, née de la résilience d’un homme et affinée par des décennies d’observation du corps humain. Aujourd’hui, cette discipline alliant renforcement musculaire, souplesse et conscience corporelle est pratiquée par des millions de personnes.
Mais comment cette méthode, créée dans un camp d’internement durant la Première Guerre mondiale, a-t-elle conquis le monde pour finalement trouver une résonance si particulière en Suisse ?
Pour comprendre la qualité de l’enseignement que l’on trouve aujourd’hui dans un studio Pilates à Genève, Lausanne ou à Zurich, il faut remonter le fil de l’histoire.
Cet article vous invite à un voyage dans le temps, de l’Allemagne de la fin du XIXe siècle aux studios modernes des rives du lac Léman.
1. L’Histoire du Pilates : Une odyssée internationale
Pour saisir l’essence de la méthode Pilates, il faut d’abord comprendre l’homme derrière le nom.
Joseph Pilates : La force née de la fragilité
Joseph Hubertus Pilates naît en 1883 à Mönchengladbach, près de Düsseldorf, en Allemagne. Son enfance est marquée par la maladie. Il souffre d’asthme, de rachitisme et de rhumatisme articulaire aigu. Loin de se résigner, le jeune Joseph développe une obsession pour l’anatomie et le renforcement physique.
Il se tourne vers une multitude de disciplines pour forger son corps :
- La gymnastique allemande et le culturisme.
- Les arts martiaux et la boxe.
- Le yoga et la méditation (dont il s’inspire pour la respiration et la concentration).
- L’observation des animaux (leur façon de s’étirer et de bouger).
À l’adolescence, sa transformation est telle qu’il pose comme modèle pour des planches anatomiques. En 1912, il quitte l’Allemagne pour l’Angleterre, où il travaille comme artiste de cirque et boxeur professionnel, enseignant même l’autodéfense aux inspecteurs de Scotland Yard.
La « Contrology » : Une méthode née dans l’adversité
Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, Joseph Pilates, en tant que ressortissant allemand, est interné dans un camp sur l’île de Man. C’est paradoxalement dans cet environnement carcéral que la méthode va naître.
Il encourage ses codétenus à s’entraîner avec lui. Pour les blessés alités incapables de se lever, Joseph fait preuve d’une ingéniosité remarquable : il démonte les ressorts des lits d’hôpital et les fixe aux montants pour créer une résistance.
- L’innovation : Les patients peuvent se muscler sans impact sur leurs articulations, en position couchée.
- Le résultat : C’est l’ancêtre du célèbre Reformer et du Cadillac.
Il nomme sa méthode la « Contrology » (l’art du contrôle), soulignant la prédominance de l’esprit sur le corps pour exécuter les mouvements avec précision.
New York et l’âge d’or (1926 – 1967)
Après la guerre, déçu par la direction politique de l’Allemagne, Joseph émigre aux États-Unis en 1926. Sur le bateau qui le mène à New York, il rencontre Clara, une infirmière qui deviendra sa femme et sa partenaire indispensable dans l’enseignement de la méthode.
Ils ouvrent leur premier studio au 939 Eighth Avenue à New York. Le hasard fait bien les choses : l’immeuble abrite également plusieurs écoles de danse et de répétition.
- L’influence de la danse : Des chorégraphes légendaires comme George Balanchine et Martha Graham envoient leurs danseurs blessés chez « Uncle Joe » pour se rééduquer.
- Les « Elders » : Joseph forme une première génération d’instructeurs (Romana Kryzanowska, Eve Gentry, Ron Fletcher…) appelés les « Elders ». Ce sont eux qui diffuseront et préserveront la méthode après la mort de Joseph en 1967.
L’expansion mondiale et la démocratisation
Jusqu’aux années 1980, le Pilates reste une discipline de niche, réservée aux initiés et aux danseurs. Le tournant s’opère dans les années 90 et 2000. Le monde du fitness découvre les vertus du renforcement des muscles profonds (« core »). Une décision de justice américaine en 2000 annule la marque déposée « Pilates », rendant le terme générique. Cela ouvre les vannes : les formations se multiplient, le Pilates contemporain (intégrant les connaissances modernes en biomécanique) émerge, et la méthode devient un phénomène mondial.
2. L’implémentation du Pilates en Suisse
La Suisse, avec sa forte culture de la santé, de la précision et du sport, était une terre d’accueil idéale pour le Pilates. Cependant, son implantation s’est faite progressivement, portée par une exigence de qualité très helvétique.
L’arrivée du Pilates en Suisse : Une entrée par l’élite
Le Pilates a commencé à s’implanter en Suisse à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Contrairement aux États-Unis où le fitness a été le vecteur principal, en Suisse, l’introduction s’est faite par deux canaux majeurs :
- Le milieu de la danse professionnelle : Avec des institutions comme le Béjart Ballet Lausanne ou les grandes écoles de danse de Zurich, de nombreux danseurs internationaux connaissaient déjà la méthode et ont commencé à l’enseigner après leur carrière.
- Les physiothérapeutes avant-gardistes : Des professionnels de santé suisses, formés aux États-Unis ou en Angleterre, ont ramené cette technique pour compléter la rééducation traditionnelle.
L’un des premiers studios dédiés spécifiquement au Pilates (et non une simple classe dans un gym) a ouvert à Genève (comme Swissbody fondé par Susan Pepper), marquant le début d’une ère de professionnalisation.
2. Le rôle clé des acteurs locaux et la médicalisation
La Suisse se distingue par une approche très « médicale » et sécuritaire du mouvement. La méthode Pilates a rapidement été adoptée par les physios car elle répond aux standards de qualité suisses.
- Le lien avec les assurances (ASCA / RME) : C’est une spécificité suisse majeure. Contrairement à de nombreux pays, en Suisse, les cours de Pilates donnés par des instructeurs certifiés et reconnus (labels de qualité comme Qualitop) peuvent être partiellement remboursés par les assurances complémentaires. Cela a énormément contribué à crédibiliser la discipline.
- Les écoles de formation : Des antennes d’écoles internationales prestigieuses se sont implantées (comme Polestar Pilates ou Body Control), mais des structures purement suisses ou fortement ancrées localement (comme Pilates Suisse ou Fitspro à Lausanne) ont formé des milliers d’instructeurs avec une rigueur académique.
3. Le Pilates dans les grandes villes suisses : Une carte diversifiée
L’implantation du Pilates reflète la diversité culturelle du pays.
- Genève et l’Arc Lémanique : Portée par une large communauté d’expats et une culture internationale, Genève a été pionnière. L’offre y est vaste, allant du Pilates thérapeutique au Pilates très athlétique. La demande pour des cours en anglais y est aussi forte qu’en français.
- Zurich et la Suisse Alémanique : À Zurich, le Pilates s’intègre dans un mode de vie urbain et performant. Les studios y sont souvent haut de gamme, mêlant design épuré et équipement de pointe. La culture alémanique, proche des racines allemandes de Joseph Pilates, valorise particulièrement la discipline et la rigueur de la méthode.
- Lausanne : Ville olympique et sportive, Lausanne intègre le Pilates aussi bien dans la préparation physique des athlètes (via les centres sportifs universitaires) que dans les studios de bien-être au centre-ville.
Suisse, terre de bien-être : Pourquoi ça marche ?
Le succès du Pilates en Suisse ne doit rien au hasard. Il existe une adéquation culturelle parfaite entre la méthode et les valeurs suisses :
- Précision et Contrôle : La « Contrology » résonne avec l’amour suisse pour la précision et le travail bien fait.
- Nature et Santé : Les Suisses sont de grands sportifs (randonnée, ski, course). Le Pilates est vu comme l’outil idéal pour la prévention des blessures et la préparation à ces activités de plein air.
- Qualité de vie : Le pouvoir d’achat permet l’accès à des cours sur machines (Reformer, Cadillac) qui sont plus coûteux que le tapis (Matwork), favorisant un marché de studios « boutique » très qualitatifs.
Évolutions récentes et tendances helvétiques
Aujourd’hui, le paysage du Pilates suisse continue d’évoluer :
- Le Pilates « Hybride » : On voit apparaître, notamment à Zurich et Genève, des cours mêlant Pilates et cardio, ou Pilates et Yoga (Yogalates), répondant à une demande de rentabilité du temps.
- Le « Reformer » pour tous : Autrefois réservé aux cours privés, les cours collectifs sur Reformer explosent dans toutes les grandes villes suisses.
- Digitalisation et Formation : Depuis la pandémie, de nombreux studios suisses ont développé des offres de haute qualité en ligne, permettant de suivre un cours avec un instructeur de Lausanne tout en étant dans un chalet dans les Grisons.
Conclusion
De la cellule de prison de Joseph Pilates aux studios lumineux surplombant le lac de Zurich ou la ville vallonée de Lausanne, la méthode a parcouru un long chemin. En Suisse, le Pilates a trouvé une seconde patrie, une terre où la rigueur, la santé et la qualité sont des valeurs cardinales.
Que vous soyez à la recherche d’une rééducation après une blessure ou d’une méthode pour sculpter votre corps, l’offre Pilates en Suisse est aujourd’hui l’une des plus qualitatives. Il ne vous reste plus qu’à pousser la porte d’un studio et à expérimenter, comme Joseph le disait :
« En 10 séances, vous sentirez la différence ; en 20, vous la verrez ; en 30, vous aurez un corps tout neuf. »
FAQ : Le Pilates en Suisse
1. Quand le Pilates est-il arrivé en Suisse ? Bien que connu confidentiellement auparavant, le Pilates a véritablement commencé son essor en Suisse à la fin des années 1990, introduit principalement par des danseurs professionnels et des physiothérapeutes formés aux USA et au Royaume-Uni.
2. Quelle certification faut-il vérifier pour choisir un instructeur en Suisse ? Il est recommandé de chercher des instructeurs certifiés par des écoles reconnues (Polestar, Stott, BASI, Swissbody, etc.). En Suisse, le label de qualité Qualitop ou l’agrégation ASCA/RME sont d’excellents indicateurs de sérieux et permettent souvent un remboursement par les assurances complémentaires.
3. Pilates Matwork (Tapis) ou Machines (Reformer) : que recommande-t-on ? Les deux sont complémentaires. En Suisse, les débutants sont souvent encouragés à commencer par quelques séances privées ou sur machines pour bien intégrer le placement du corps, avant de passer aux cours collectifs sur tapis qui demandent une grande conscience corporelle.
4. Le Pilates est-il remboursé par les assurances maladie suisses ? L’assurance de base (LaMal) ne rembourse pas le Pilates (sauf s’il fait partie d’une séance de physiothérapie prescrite). En revanche, de nombreuses assurances complémentaires participent aux frais si l’instructeur est agréé.
5. Y a-t-il une différence entre le Pilates en Suisse romande et alémanique ? La méthode reste la même, mais l’approche peut varier. La Suisse alémanique a souvent une approche très structurée et intégrée au fitness médical, tandis que la Suisse romande, influencée par Genève et Lausanne, garde une forte empreinte artistique (danse) et internationale.
6. Peut-on devenir prof de Pilates en Suisse ? Oui, la Suisse dispose d’excellents centres de formation. Le cursus est exigeant et comprend généralement des modules d’anatomie, de pratique et de pédagogie. C’est un métier en pleine croissance dans le pays.
